« L’enfer, c’est les autres »

La célèbre citation extraite de la pièce de théâtre Huis clos (1943) de Jean-Paul Sartre est souvent utilisée pour illustrer le caractère parfois insupportable de nos semblables. Qu’en est-il réellement ? Nous avons voulu en savoir plus auprès de vous.


Il ne faut pas se méprendre ; l’expression ne vise pas à décrire nos simples rapports empoisonnés au quotidien avec les autres. Comme Jean-Paul Sartre l’explique lui-même dans un commentaire de la pièce de théâtre qu’il a écrite, c’est le jugement des autres pour la connaissance de nous-mêmes qui peut constituer l’enfer. Toutefois, au-delà des considérations existentialistes, nous avons voulu soumettre cette citation à votre sagacité. Trois expériences ont été sélectionnées.

Le voisin qui urine dru

Christian de Paris nous raconte que son enfer, c’est son voisin d’immeuble qui habite dans l’appartement au-dessus de chez lui : « C’est un couple de personnes âgées. Le mari est réglé comme une horloge. Toutes les nuits, à 4h30 du matin, il se lève pour aller aux toilettes. Non seulement il produit un vacarme infernal en claquant les portes, mais il dirige son jet tout droit dans l’eau des toilettes. C’est d’une puissance telle que je peux compter le nombre de secondes que cela dure. Parfois plus de deux minutes. C’est dégueulasse ». Cher Christian, voilà une situation bien inconvenante. Quand on est un homme, il est toujours possible d’être plus discret en pleine nuit en urinant sur les parois de la cuvette – ce qui, par la même occasion, permet de ne pas en mettre partout. Cependant, tu peux t’estimer heureux que ce vieillard ne vienne pas uriner sur ta porte ; cela est déjà arrivé à plus d’une personne ! Et puis, comme dirait le dicton, « qui veut uriner loin, ménage sa monture ».

Le dragueur qui n’est pas en odeur de sainteté

Géraldine habite à Nantes. Elle prend souvent le tram pour se rendre au travail. Elle nous raconte une anecdote intéressante : « J’étais dans le tram et là, je vois à côté de moi, un mec super classe, trop bien sapé. Il était canon ! En plus il me regardait avec son sourire magnifique. J’étais quasiment conquise ! Mais d’un coup, il s’est mis à bâiller la bouche grande ouverte. J’ai immédiatement senti une horrible odeur fétide sortant de sa bouche. Ça a refroidi mes ardeurs ! ». Chère Géraldine, ce sont des choses qui arrivent et il n’y a pas de quoi en faire tout un fromage (peut-être que cet homme en avait-il dégusté auparavant ?). Dans tous les cas, on devrait toujours bâiller en mettant la main devant sa bouche, sauf bien sûr si on n’a pas de mains. Il peut aussi arriver qu’on ait une mauvaise haleine parce qu’on a des problèmes de santé. Ce n’est pas la fin du monde si on a des astuces pour épargner autrui. La classe, ça ne se porte pas sur soi, ça se porte en soi.

La fiancée qui s’évapore

Michel nous a écrit en témoignant de l’enfer que lui a fait vivre sa compagne et la famille de celle-ci : « après presque 9 ans de vie commune, ma compagne, avec qui j’étais fiancé, est partie vivre à l’étranger. Elle m’a quitté quelques jours après son départ. Elle n’a donné aucune explication. Quelques semaines après, j’ai su qu’elle avait trouvé un autre type. Sa relation avec lui n’a même pas duré. Par ailleurs, sa famille m’a lâchement tourné le dos. J’ai été méprisé, on m’a menti et on a fait comme si je n’avais jamais existé alors même que je me sentais comme un membre de cette famille. ». Cher Michel, hommes ou femmes abandonnés sont désormais monnaie courante dans cette société qui met en avant un néo-individualisme tel qu’il est décrit par Gilles Lipovetsky dans l’Ère du vide (1983). Dans l’ambivalence de cette société, on trouve bien du cynisme ; ceux qui se disent les plus humanistes peuvent en effet être, dans la réalité, les plus cruels. Faire le tri peut donc s’avérer difficile. Il faut beaucoup de courage pour aller de l’avant. Et ainsi que l’a écrit Christian Bobin : « La simple vie de chaque jour nous donne toute sa lumière puis s’ en va, comme une invisible fiancée portant à son doigt une bague d’ air, incrustée de silences scintillants. » ; ne te retourne point et pense à l’avenir.

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